Une femme de 57 ans, sans antécédent particulier en dehors d'un asthme peu sévère, est prise en charge par le SMUR pour une difficulté respiratoire brutale. A l'arrivée de l'équipe médicale à son domicile, Mme M. nous signale que c'est en apprenant le décès d'une très bonne amie qu'elle a subitement senti un "blocage" respiratoire avec sensation de gène dans la poitrine. L'auscultation pulmonaire retrouve quelques discrets râles sibilants chez cette patiente asthmatique. La patiente reçoit alors un aérosol de Bricanyl et est transportée vers le service des urgences avec un diagnostique de crise d'asthme déclenchée par un choc émotionnel.
A son arrivée aux urgences, on constate que son pouls est irrégulier vers 90/min, ce que vient confirmer l'ECG qui montre rythme irrégulier en rapport avec une fibrillation auriculaire. Il n'y a pas de trouble de repolarisation ni de signe d'hypertrophie ventriculaire. Par ailleurs on ne note pas de trouble de conduction intra-ventriculaire, ni de S1Q3.
ECG de Mme M.
La radiographie pulmonaire ne montre pas de pneumothorax et la silhouette cardio-médiastinale est normale. Il n'existe pas d'image pulmonaire anormale.
Radio Pulmonaire
Un bilan biologique à visée cardiaque est demandé devant cette arythmie par fibrillation auriculaire. La troponine revient élevée à 299ng/L (N<14) alors que les NTproBNP sont normaux à 126 (N<800).
Devant ce tableau cardiaque brutal, une échographie cardiaque est réalisée. Celle-ci retrouve une hypokinésie franche et globale du ventricule gauche (VG), sans hypertrophie pariétale, épargnant seulement sa base qui se contracte normalement. Le VG a ainsi un aspect balloné quasi immobile à son apex . Le ventricule droit n'apparait pas dilaté avec une relative bonne contractibilité. Il n'y a pas d'épanchement péricardique et la veine cave inférieure est de taille normale avec une bonne variabilité inspiratoire.

Dans ce contexte de choc émotionnel intense suivi d'une gène thoracique (même si celle-ci est décrite comme un blocage respiratoire par la patiente), le diagnostique de syndrome de Tako Tsubo est alors posé. La patiente va bénéficier d'une coronarographie lendemain qui, en toute logique, ne devrait pas retrouver de lésion coronaire.

Décrit pour la première fois au début des années 90, cette cardiomyopathie aigue est due à une décharge catécholaminergique brutale souvent à l'occasion d'un stress émotionnel intense (annonce d'un deuil, rupture sentimentale). Encore appelé syndrome du coeur brisé, ou plus scientifiquement syndrome de ballonisation apicale du ventricule gauche, il touche préférentiellement les femmes ménopausées. La présentation clinique peut simuler un syndrome coronarien aigu qu'il faut évoquer systématiquement, le diagnostique ne pouvant être écarté qu'une fois la coronarographie éffectuée (celle-ci ne retrouvant pas de sténose coronaire).

Pour aller plus loin dans la connaissance de ce syndrome de Tako Tusbo: